Abraham et papa est la dernière chanson que Sylvain ait écrite. Ce fait seul en fait un témoignage à part entière. Agnostique de longue date, il choisit pourtant, pour clore son œuvre, de revisiter le récit biblique d’Abraham et du sacrifice de son fils — non pas pour adhérer au dogme, mais pour le questionner, avec cette franchise tranquille qui lui était propre.
Le récit de Yahvé exigeant d’Abraham qu’il immole son fils devient, sous sa plume, le point de départ d’une réflexion sur la foi, l’obéissance et le sacrifice. Mais au cœur de la chanson, c’est la figure du père qui s’impose: le sien. Un père qui, lui, n’aurait jamais fait ça.
Au-delà du questionnement religieux, Abraham et papa est avant tout un éloge de la relation père-fils. Sylvain et son père Roland — ancien annonceur à la radio de Radio-Canada à Québec — entretenaient une relation profondément tendre. Lors des obsèques de son père, 15 mois avant les siennes, Sylvain avait écrit ces mots d’une sobriété bouleversante : « Non, la mort n’est pas assez forte pour me ravir le père que je porte en moi. » C’est cette même tendresse, ancrée dans le souvenir d’un homme aimé, qui irrigue chaque vers de la chanson. La chanson a été enregistrée lors des concerts Versant Jazz au Lion d’Or, à Montréal, en novembre 2001 — quelques mois seulement avant sa disparition le 30 avril 2002.
Redécouvrir Abraham et papa en vidéo.